Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Le kérygme
Act 3,13…19; 1Jn 2,1-5; Lc 24,35-48
(Par Ignace Plissard)

Le livre des Actes, dont nous venons t’entendre un extrait, raconte tout au long de ses 28 chapitres comment la Bonne Nouvelle s’est répandue, depuis Jérusalem jusqu’à Rome, cœur de l’empire Romain. Ce livre est le seul à nous avoir transmis les toutes premières prédications de Pierre et Paul aux juifs et aux païens ignorant encore tout de la Bonne Nouvelle.

Ces prédications choc appartiennent à un genre littéraire bien particulier : le kérygme, genre littéraire, relativement bref, concis, percutant, allant droit à l’essentiel de la Bonne Nouvelle. Ce genre littéraire se distingue de la catéchèse et de la parénèse : La catéchèse est un enseignement plus long, préparant les catéchumènes au Baptême et à la Fraction du pain, et initiant à l’éthique évangélique (le chemin des béatitudes) – La parénèse, quant à elle, a pour but d’entretenir la vie chrétienne des disciples. En principe, les homélies appartiennent à ce dernier genre.

Le mot « kérygme » est d’origine grec ; il évoque l’annonce faite aux habitants d’une ville, d’un événement majeur heureux, telle qu’une victoire sur l’ennemi, la chute d’un tyran ou le sacre d’un nouveau roi.

Comme l’évangile de ce jour se termine sur une invitation à témoigner (« C’est vous qui êtes mes témoins !  » dit Jésus aux apôtres), il me semble tout à fait indiqué de relire le témoignage de Pierre que nous offre la première lecture et de l’observer jetant le filet en eaux profondes, et le ramenant sur le rivage avec de nombreux poissons.

L’observation de Pierre nous apprendra la bonne manière de jeter le filet, car, soyons honnêtes, beaucoup d’entre nous l’ignorent encore. Combien d’entre nous osent aller en eaux profondes jeter le filet ? Combien d’entre nous savent comment faire? Combien d’entre nous sont capables d’énoncer clairement l’essentiel de leur foi, de toucher des cœurs et d’amener le non-croyant à la conversion ?

Un examen comparatif des prédications choc de Pierre et de Paul nous amène à la constatation qu’elles s’organisent toutes sur un même schéma.

Quel est ce schéma ? Comment les apôtres procèdent-ils ?

Les apôtres partent toujours d’une question qui leur est posée ou d’un reproche qui leur est fait.
« Tes compagnons sont pleins de vin doux ! » « Par quelle puissance, le paralysé de la Bonne porte a-t-il été guéri ? » « D’où vient la paix et la joie qui règnent entre vous ? »
Le kérygme doit donc être sollicité, ne serait ce qu’implicitement ; il doit encore tenir compte de la culture de l’interlocuteur, de son histoire, de ses acquis philosophiques, de l’image qu’il se fait de Dieu. Paul ne parle pas aux Athéniens comme aux Juives de la ville de Philippes.

A la question posée, l’apôtre donne tout de suite l’essentiel de la réponse : Jésus!
En effet Jésus est au cœur de la Bonne Nouvelle, il en est le centre, l’âme. Jésus, dit l’apôtre, peut devenir la source de ta joie, Jésus peut te remettre debout, Jésus t’aidera dans ta quête de Dieu, Jésus t’apprendra à aimer, Jésus est le seul à t’ouvrir à la vraie vie. Dieu, qui est un père, vous enjoint de l’écouter, de lui faire confiance, de lui obéir.

Après cette première annonce, l’apôtre marquait une pose.
Conscient que Jésus ‘selon la chair’ est inconnu ou mal connu de ses auditeurs, l’apôtre prend alors le temps de le présenter.
Dans la première lecture (Act 3,13), Pierre, s’adressant à des juifs ayant eu l’occasion de rencontrer Jésus, d’entendre son message de Sagesse, d’être témoins de ses guérisons, se contente d’évoquer son procès, sa condamnation injuste, sa mort en croix. Ses auditeurs sont au courant des faits et gestes de Jésus. Inutile de s’y attarder !
Par contre lorsque Pierre s’adressera plus tard au Centurion Corneille (Act 10,34-48), il prendra tout son temps, conscient d’avoir devant lui quelqu’un qui de Jésus ne sait rien. Il lui racontera tout ce qu’il sait de Jésus depuis son baptême au Jourdain jusqu’à sa mort en passant par son ministère en Galilée.
Aujourd’hui si nous souhaitons annoncer la Bonne Nouvelle à des jeunes, il est indispensable de leur parler longuement de Jésus, du Jésus selon la chair, et de le faire, en utilisant les mots de l’évangile et leurs mots, car ceux de l’ancien catéchisme, trop abstraits et trop éloignés de leur vie, sont incapables de toucher leur cœur.

Après cet ‘arrêt sur l’image’ de Jésus, l’apôtre en venait à raconter la grande œuvre de Dieu en faveur de Jésus.
« Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus des morts, l’a relevé de la mort, en a fait le premier né d’entre les morts, lui a donné sa gloire en partage, l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, celui de «  », càd Seigneur ou Sauveur.

En annonçant que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, leur Dieu et son Dieu, avait ressuscité l’homme Jésus, Pierre affirmait que leur Dieu avait réhabilité Jésus, celui que le sanhédrin avait déclaré blasphémateur, qu’Il en avait fait le Vivant par excellence, le Sauveur, l’Emmanuel et, par la même occasion, Pierre révélait de leur Dieu un tout autre visage que celui qu’ils s’en faisaient : un père, renonçant à toute puissance, un ami des humbles et des petits, lent à la colère et plein d’amour.

Après avoir décrit l’œuvre de Dieu en faveur de Jésus, l’apôtre répondait aux deux grandes interrogations que son discours avait suscité : Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que Jésus est ressuscité ? Et pourquoi fallait-il qu’il souffrit et mourut ?
1) A la première question l’apôtre répond : « Nous en sommes témoins »
2) A la deuxième question : « Les écritures annonçaient sa mort. »

Enfin l’apôtre appelait ses auditeurs à changer de vie, à adopter le chemin de Jésus, à demeurer dans sa parole, à rejoindre la communauté de ses disciples.

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* Un mot sur le titre de  qui est le plus souvent traduit en français par le terme de « Seigneur »
A l’époque de Jésus, le terme  avait plusieurs usages :
– C’est le titre que l’empereur décernait au général victorieux lors de son retour triomphal à Rome. Dans ce contexte, « Seigneur » signifiait « celui qui a vaincu l’ennemi, celui qui a sauvé le peuple de l’adversaire ». Ce titre n’avait rien de divin. En effet pendant que la foule acclamait le général victorieux, un esclave debout, derrière lui, tenait au dessus de sa tête, une couronne de laurier, lui répétant sans cesse : « Tu n’es qu’un homme »
– Dans la traduction grecque de la Septante (antérieure au Christ),  traduit Adonaï, titre divin remplaçant le vrai nom de Dieu (le tétragramme). Dans la même traduction, Sara reconnaît en son époux, son Seigneur, son .
– Dans le N.T., le titre de , que nous traduisons par « Seigneur » est réservé à Jésus et à son Père.
– Il semblerait que ce titre n’a été utilisé à l’égard de Jésus qu’après sa résurrection (cfr Marc)

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